Colon 2.0

Ces articles sont des créations des participantes et participants au Profil Communication – Démocratie et médias. Ils ont toute la liberté d’écrire sur les sujets de leur choix. Le contenu n’est pas endossé par l’INM.

 

Kanica Saphan

Clémence Duranleau-Hendrickx

 

Avez-vous déjà dépensé 4000$ pour aller au Pérou repeindre une école au sein d’une communauté isolée dans le cadre d’un voyage humanitaire d’une semaine?

Bravo! Vous vous qualifiez pour le poste de «colon 2.0 ».

Les opportunités pour être promu à ce poste abondent et séduisent bon nombre de jeunes Québécois chaque année. Et à voir le genre d’annonces qui circulent, pas étonnant que certains mordent à l’hameçon. 

Capture d’écran par Kanica Saphan

Les implications sont plus complexes.

La formulation de la phrase d’accroche «C’est ta chance de partir vers l’Afrique pour améliorer les conditions de vie de jeunes Béninois» transpire de l’attitude «white savior» (sauveur blanc) qui véhicule l’idée que les Occidentaux sont indispensables pour régler les maux des peuples d’un continent entier. Ceux-ci, laissés à eux-mêmes, seraient voués à la corruption, la misère et à des conditions de vie exécrables. Puis, que ça soit des Québécois blancs, asiatiques, latinos, arabes, peu importe car la dynamique nord-sud fait en sorte que ce groupe sera perçu comme des gringos occidentaux white savior, et ce, en dépit de leur couleur de peau. 

 

De plus, l’emphase lors du recrutement est mise sur ce que la personne, souvent peu qualifiée, croit apporter à la population locale. Des ébénistes professionnels ou des gens peu qualifiés sur place ne manquent pas à l’appel et l’argent dépensé pour envoyer, héberger et nourrir un groupe de touristes aurait pu indéniablement être investi en totalité chez des organismes locaux. L’emphase du recrutement pour ce genre de projet devrait être mis sur ce que ces expériences apportent aux participants et non sur les impacts pour les habitants, puisque les retombées sont plus nombreuses et importantes pour les jeunes Canadiens que pour les jeunes Béninois. Les participants bénéficieraient d’un processus de recrutement plus transparent et honnête.

Ne soyez pas dupes. Il ne s’agit pas d’un voyage humanitaire en contexte de crise ou en contexte de développement. Il n’est pas question de l’apport de professionnels qui ont une expertise. La durée du projet ne permet pas d’implanter, de suivre et d’évaluer les impacts à long terme sur la population locale. 

Ce genre de projets n’est pas près de disparaître puisque le gouvernement provincial finance des tas de projets Québec Sans Frontières (QSF) et le gouvernement fédéral finance l’équivalent sous le nom de Programme de Stage Internationaux pour les Jeunes (PSIJ). Gardons en tête que ces projets sont gagnants avant tout pour les Canadiens car ils représentent une opportunité de se conscientiser et d’ajouter une corde à son arc…dans son curriculum vitae. 

La moindre des choses serait de recruter des participants qui n’ont pas la prétention d’aller sauver l’Afrique, cette entité monolithique qu’on exotise à tort dans notre conscience collective en tant qu’Occidentaux. 

Encore pire serait de dépenser des milliers de dollars pour disons, flatter des orphelins vietnamiens et ensuite encadrer les photos dans notre salon, quand nous n’accepterions jamais que des photos d’enfants de quartiers défavorisés montréalais se retrouvent dans la cuisine de riches Vietnamiens. 

Tant que la roue ne sera pas réinventée d’ici peu, le message à retenir est que ces voyages sont pour NOUS, et non pour LES AUTRES.

 

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