Afrique: une sensibilisation à la crise climatique latente

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Léa Carrier, Manuela Paule et Samendi Jean

 

Si la question environnementale profite d’une tribune sans pareil en Occident, la lutte 

pour le climat demeure le parent pauvre de l’engagement citoyen en Afrique. Entre une population en proie à la pauvreté, les conflits armés et les crises migratoires, et une jeunesse désillusionnée par des démocraties instables, le concept de crise climatique peine à se frayer un chemin dans les mentalités africaines.

 

« Quand tu n’as rien à manger, quand ta famille doit être déplacée, les changements climatiques ne te traversent même pas l’esprit », soutient le togolais et conseiller environnemental pour l’Union Africaine Claude Sodokin. Ingénieur de formation, celui qui lutte contre la désertification du Sahel et de la Corne de l’Afrique déplore le manque de sensibilisation des populations africaines sur la question climatique. « Pour [ces populations], le mouvement écologiste est un mouvement de blancs, de riches, bref d’Occidentaux. Les Africains ne se sentent pas concernés par le discours » renchérit-il. 

Or, jamais un enjeu n’a été aussi capital pour l’avenir du continent. Alors qu’ils émettent moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre par année, les pays africains sont pourtant les premiers à faire front aux conséquences des changements climatiques. Déjà, la rareté des pluies et la dégradation des sols et des eaux précarisent par de nombreux endroits les écosystèmes dont dépendent les sociétés africaines. La recrudescence des tempêtes violentes sur les côtes du continent africain n’est pas non plus sans rappeler l’érosion côtière et la hausse du niveau de la mer. Des dangers de même importance guettent en outre l’économie africaine. Au cours des trente prochaines années, le cabinet britannique Verisk Maplecroft évalue une perte annuelle de quelque 10 milliards USD qui glissera des mains du continent. La baisse de productivité liée à la chaleur et les pénuries de plus en plus fréquentes en agriculture seront au cœur de cet effritement économique. 

 

Des barrières multiples

Les études scientifiques sont sans appel : la précarité financière, les conflits armés ou même la corruption sont sans commune mesure face à la menace environnementale qui pèse sur le continent africain. Or, malgré l’urgence de la situation, une conscientisation collective peine à se mettre en branle. Pour l’étudiante en géographie environnementale d’origine ivoirienne Solène Benini, le manque d’éducation constitue la première barrière entravant le chemin de la jeunesse africaine vers la mobilisation. « Quand je retourne dans mon pays, je suis toujours surprise à quel point les codes du discours environnemental ne sont pas maîtrisés par mes compatriotes » témoigne-t-elle. 

 

Bien que fondamental, accéder aux connaissances ne sera toutefois pas suffisant. La rigidité des régimes au pouvoir aura tôt fait de contrecarrer les appels à la mobilisation d’une jeunesse africaine conscientisée. Par exemple, en mars dernier, une vingtaine de militants camerounais ont été arrêtés alors qu’ils nettoyaient les rigoles du marché Mokolo. Sur ce continent marqué par la répression gouvernementale, la peur des représailles lie les mains des manifestants africains. Depuis 2018, 18 pays africains ont tenu une marche des jeunes pour le climat, alors que la France en a conduit 230 le 15 mars dernier seulement, selon les statistiques de Fridaysforfuture.

 

Selon l’ingénieur Claude Sodokin, l’espoir d’une sensibilisation des populations africaines sur la question climatique s’incarne dans une jeunesse aventureuse, répartie aux quatre coins du globe. « Il faut envoyer nos jeunes partout dans le monde, afin qu’ils puissent trouver les outils nécessaires pour conscientiser, mobiliser et poser des gestes concrets ici », explique-t-il. C’est justement l’objectif de Solène Benini, cette Ivoirienne qui étudie à Montréal depuis quelques années. « J’ai l’ambition de revenir chez moi. J’acquiers des connaissances ici, mais c’est chez moi que je vais changer les choses », se confie-t-elle.  

 

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